Applications pour smartphones : 2,05 millions d’emplois en Europe

Dominé par les plateformes américaines, le secteur des applications mobiles n’en est pas moins pourvoyeur d’emplois au sein de l’Union européenne. Sa croissance reste cependant freinée par des obstacles techniques, mais, davantage encore, financiers et commerciaux.

En 2008, naissaient l’App Store, l’Android Market, rebaptisé Google Play, et quelques autres app stores. Dix ans plus tard, Apple, avec son système d’exploitation iOS, et Google avec Android, représentent respectivement 76 % et 79 % des emplois constitutifs de l’économie européenne des applications pour smartphones. Le nombre d’emplois engendrés en Europe dépasse les 2 millions en avril 2018, contre 1,89 million en janvier 2017, soit une augmentation supérieure à 8 %, comme l’indique la mise à jour du rapport « The App Economy in Europe : Leading Countries and Cities » édité par le Progressive Policy Institute (Washington, D.C.). Ces résultats reposent sur un recensement des offres d’emploi en ligne requérant des compétences relatives à l’économie des applications mobiles, rapporté aux données fournies par l’Organisation internationale du travail sur les effectifs de professionnels des technologies de l’information et de la communication pour chaque pays. Pour définir le périmètre du secteur économique des applications, sont ici comptabilisés les emplois techniques (ingénieurs, développeurs), les emplois indirects relevant des services commerciaux, marketing et administratifs, ainsi que ceux appartenant à l’ensemble des biens et services nécessaires au fonctionnent d’une entreprise (cabinet d’avocats, banque, gérant d’immeuble…).

Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France arrivent en tête du palmarès européen, dépassant chacun les 300 000 emplois dans le secteur des applications mobiles en avril 2018. Londres, Paris et Amsterdam occupent les trois premières places du classement des villes les plus dynamiques en termes de création de postes avec, respectivement, 138 000, 119 000 et 89 000 emplois en janvier 2017.

Pour la première fois, en 2017, le nombre d’emplois du secteur des applications en Europe (28 États membres, plus la Norvège et la Suisse) est supérieur à celui des États-Unis : 1,89 million contre 1,73 million. La part des emplois liés à l’économie des applications sur le total des emplois (app intensity : intensité de l’emploi) reste pourtant supérieure aux États-Unis (1,1 %), comparativement à l’Europe (0,84 %) en 2017. Néanmoins, pour la même année, cinq pays européens affichent une intensité de l’emploi supérieure à celle des États-Unis : la Finlande (2,2 %) ; les Pays-Bas (2,2 %) ; la Suède (2,0 %) ; la Norvège (1,9 %) et le Danemark (1,6 %). À titre de comparaison, l’État américain offrant la plus forte intensité de l’emploi dans le secteur des applications est la Californie (2,7 %).

Une note (Briefing) consacrée à « L’économie européenne des applis », rédigée par le service de recherche du Parlement européen (EPRS) et datant de juillet 2018, indique que les données permettant de mesurer la taille de l’économie des applications mobiles sont pour le moins variables. Une étude commandée par la Commission européenne – « Sizing the EU app economy » de 2014 – estimait le nombre d’emplois de ce secteur en Europe à 2,8 millions en 2018, auxquels s’ajouteraient 4,8 millions d’emplois dans les activités de support et de marketing, ainsi qu’un chiffre d’affaires réalisé par les sociétés de l’économie des applications atteignant 63 milliards d’euros en 2018, soit près du tiers du marché mondial. De son côté, l’Union internationale des télécommunications annonçait, en 2016, que chaque nouvel emploi dans l’économie des applications au sein de l’Union européenne créerait en moyenne 1,31 emploi non technique et indirect.

À la suite de l’annonce faite par le Progressive Policy Institute des 2 millions d’emplois en Europe liés au secteur des applications, le groupe Apple a saisi l’occasion pour préciser dans un communiqué que les développeurs européens ont généré plus de 20 milliards d’euros de revenus sur le marché mondial (92 % réalisés hors de l’Europe), saluant notamment les réussites des applications françaises 24 Sèvres, La Fourchette ou encore Molotov. Le groupe américain a également indiqué collaborer avec 485 fournisseurs français, citant en exemple la société normande Eldim avec laquelle il travaille depuis dix ans et qui a inventé notamment la technologie de reconnaissance faciale installée sur l’iPhone X.

la rem app smartphone

Dans sa note, le service de recherche du Parlement européen relève, quant à lui, des « obstacles à la croissance » de l’économie des applications en Europe. Parmi eux, l’incompatibilité des plateformes, une pénurie de main-d’œuvre qualifiée – 825 000 emplois non pourvus dans le secteur des technologies de l’information et de la communication d’ici à 2020 –, l’insuffisance du capital-risque empêchant les sociétés de se développer, l’accès trop restreint aux données publiques et l’absence de libre circulation des données au sein de l’Union européenne, ainsi que la domination économique des plateformes américaines qui se traduit par la forte commission qu’elles prélèvent et la rétention des données qu’elles détiennent sur les clients des applications.

Sources :

  • The App Economy in Europe : Leading Countries and Cities, 2017, Dr. Michael Mandel and Elliott Long, Progressive Policy Institute, October 2017.
  • « Update on European App Economy jobs », Michael Mandel, blog, Progressive Policy Institute, progressivepolicy.org, June 14, 2018.
  • « Les applis mobiles font travailler deux millions d’Européens », Cyril Lacarrière, L’Opinion, 18 juin 2018.
  • L’économie européenne des applis, Briefing, Marcin Szczepań ski, Service de recherche du Parlement européen (EPRS), europarl.europa.eu, juillet 2018.

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